Gaëlle Boucherit

Marionnettiste / Plasticienne

Metteur en scène

 

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Jacques Ancet

 

Un morceau de lumière (extraits)
Editions Voix d'encre - 2005

 

 

Les gouttes de temps en temps 

on les voit sans les entendre

on voit le mur on entend

des voix étouffées des pas

quelque part à côté au- dessus

on attend quand il n’y a

rien à attendre quelqu’un

va venir oui quelque chose

s’approche demain recule

hier s’avance on ne sait pas bien

ce qu’on dit on cherche peut être

à savoir ce qu’on ne voit pas

ni le mur les gouttes ni le jour

mais ce qui les fait tenir

ensemble on dit ce qui est

entre on dit c’est çà

______

 

je traverse toujours

je traverse les images

les noms je traverse

le vide qui les sépare

je n’ai pas de lieu

je suis entre

mais entre quoi

je traverse les choses dérivent

se défont ce que je touche

n’est pas ce qui me touche

rien ne me retient

 

______

 

on traverse le temps avec de l’espace

des images glissent

c’est un paysage qui fuit

on écoute sous les voix la rumeur

de ce qui n’est pas mais qui est là

c’est comme un abandon minuscule 

tout y tombe disparaît le ciel

devient immense sous ses nuages

les limites sombrent

reste l’oubli la vitesse

 

 

 

 

Patrick Kermann

 

Seuils (extraits)
Lansman éditeur - 2001

 

 

J’attends. Ici j’attends et guette ma déchirure.Je m’en vais. Dans ma maison. Dans ce qui n’a pas d’image. Ni de nom. Jamais. Vers le destin des mots à inventer. Et plus loin. Il est temps. Mon seuil s’impatiente de moi. Je m’en vais. Vers cette chose là. Cette chose sans nom. Je passe ma déchirure. Maintenant.

______

 

Ca va ça va ça va. Ca va aller. Il faut que. Il faut que ça. Ca va aller. Il faut que ça. Que ça aille. Ca doit aller. Ca va ça va ça va. Ca ira. Ainsi ou pas. Ca ira. Ca doit aller. Il faut que. Maintenant. Ca va ça va ça va aller. Il faut que.

______

 

Tu prends quoi:

Tu prends mon image mais tu ne me prends pas je ne suis pas cela que tu regardes par devers moi suffit je ne suis ni là ni ci je suis dans l’entre-deux

Je ne coincide pas avec ce que tu veux voir

Arrêtes tu me tues à m’enfermer dans ton image

 

______

 

Un monde ici est né

qui chasse l’ancien

et nos rêves obscurs

Les voix lointaines se sont tues

Un monde ici est né

que jamais

dans nos rêves sombres

que jamais nous

nous ne rêvions

Un monde que jamais nous ne rêvions

Même

Même dans nos rêves noirs

 

______

 

Viens. Je te. Coincidons. Que nos corps coïncident en leur image. Je vous. Essayons. Ca doit. Tentons encore la coïncidence. Je reprends. Oui? Viens. Que nos chairs s’accordent. Jusqu’au diaphane.

 

______

 

Prends si tu veux et prends comme veux car quoi au bord restes au bord et à l’abord des choses restes et des corps aussi de mon corps aussi que jamais ne touchera.

 

______

 

Devant toi je me dévêt. Voilà. Viens et vois ma nudité. Je t’offre cette image de moi. Je m’expose à épuiser ton regard. Prends moi. Jouis de la vue. Reposes toi. Ferme tes yeux. Rien à voir au delà en deçà. Tout là bas verras ce que n’as pu voir ici. Dans l’abîme de nos chairs séparées verras aussi. Ma nudité donnée. Et mon corps refusé. Evidemment. Voilà. Je me revêts. Pfuit. Plus rien à voir.


 

 

 

Ghérasim Luca

 

Héros - limite (extraits)
Editions Poésie / Gallimard - 2001

 

 

J’attends. Ici j’attends et guette ma déchirure.Je m’en vais. Dans ma maison. Dans ce qui n’a pas d’image. Ni de nom. Jamais. Vers le destin des mots à inventer. Et plus loin. Il est temps. Mon seuil s’impatiente de moi. Je m’en vais. Vers cette chose là. Cette chose sans nom. Je passe ma déchirure. Maintenant.

 

______

 

Je te flore

tu me faune


Je te peau

je te porte

et te fenêtre

tu m’os

tu m’océan

tu m’audace

tu me météorite


Je te clef d’or

je t’extraordinaire

tu me paroxysme


Tu me paroxysme

et me paradoxe

je te clavecin

tu me silencieusement

tu me miroir

je te montre


Tu me mirage

tu m’oasis

tu m’oiseau

tu m’insecte 

tu me cataracte


Je te lune

tu me nuage

tu me marée haute

Je te transparente 

tu me pénombre

tu me translucide

tu me château vide

et me labyrinthe

Tu me parallaxe

et me parabole

tu me debout

et couché

tu m’oblique


Je t‘équinoxe

je te poète 

tu me danse

je te particulier

tu me perpendiculaire

et soupente


Tu me visible

tu me silhouette

tu m’infiniment

tu m’indivisible

tu m’ironie


Je te fragile

je t’ardente

je te phonétiquement

tu me hiéroglyphe


Tu m’espace

tu me cascade

je te cascade

à mon tour mais toi


tu me fluide


tu m’étoile filante


tu me volcanique


nous nous pulvérisable


Nous nous scandaleusement

jour et nuit

nous nous aujourd’hui même

tu me tangente

je te concentrique


Tu me soluble

tu m’insoluble

tu m’asphyxiant

et me libératrice

tu me pulsative


Tu me vertige

tu m’extase

tu me passionnément

tu m’absolu

je t’absente

tu m’absurde


Je te narine je te chevelure

je te hanche

tu me hantes

je te poitrine

je buste ta poitrine puis te visage

je te corsage

tu m’odeur tu me vertige

tu glisses

je te cuisse je te caresse

je te frisonne

tu m’enjambes

tu m’insupportable

je t’amazone

je te gorge je te ventre

je te jupe

je te jarretelle je te bas je te Bach

oui je te Bach pour clavecin sein et flûte


je te tremblante

tu me séduis tu m’absorbes

je te dispute

je te risque je te grimpe

tu me frôles

je te nage

mais toi tu me tourbillonnes

tu m’effleures tu me cernes

tu me chair cuir peau et morsure

tu me slip noir

tu me ballerines rouges

et quand tu ne haut -talon pas mes sens

tu les crocodiles

tu les phoques tu les fascines

tu me couvres

je te découvre je t’invente

parfois tu te livres


tu me lèvres humides

je te délivre je te délire

tu me délires et passionnes

je t’épaule je te vertèbre je te cheville

je te cils et pupilles

et si je n’omoplate pas avant mes poumons

même à distance tu m’aisselles

je te respire

jour et nuit je te respire

je te bouche

je te palais je te dents je te griffe

je te vulve je te paupières

je te haleine

je t’aine

je te sang je te cou

je te mollets je te certitude

je te joues je te veines


je te mains

je te sueur

je te lègue

je te nuque

je te navigue

je t’ombre je te corps et te fantôme

je te rétine dans mon souffle

tu t’iris


je t’écris

ju me penses

 

 

 

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